Harcèlement scolaire au primaire : en parler

Harcèlement scolaire au primaire en parler

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Ses petites mains se serrent de plus en plus autour de la rambarde. Ses coudes se contractent de plus en plus fort pour ne pas lâcher prise. « Je dois tenir, ils vont bientôt s’arrêter », se dit la petite Mélissa, pendant que ses camarades de classe lui cognent sur le dos à tour de rôle. Certains rient. D’autres profèrent des injures, parce que son nom de famille n’est pas français. Et puis les derniers échangent des blagues, parce que son père est inexistant et que « sa mère est une pute, mes parents l’ont dit ». Combien sont-ils ? Elle ne sait pas. Probablement la plupart de ses compagnons de CE1. Ils ne sont que 11 dans cette classe de l’école primaire d’un tout petit bourg, perdu en pleine campagne. Mélissa pensait pouvoir tenir encore, mais cette fois-ci le trop plein explose. Bien plus fort qu’elle. Alors elle pleure et hurle. Des mots, des insultes, sa peine et sa colère, avant de se recroqueviller dans un sanglot. Les autres se sont arrêtés et prennent la fuite, quelques-uns bredouillent des excuses avant de partir à leur tour. La suite, Mélissa ne s’en souviendra pas. Ces images vont se mélanger dans un flot de réminiscences identiques qui paveront tout le chemin de sa scolarité. Et puis viendra sa vie d’adulte. Et l’oubli.



En réalité, Mélissa, c’est celle qui rédige toutes ces lignes que vous avez l’habitude de lire sur ce blog. Sans enfant, je puise donc mes idées un peu partout autour de moi pour tenter de vous offrir une approche neutre du monde de la petite enfance. Et c’est au détour d’une conversation avec une tante, institutrice toute jeune retraitée, que le sujet est venu le tapis : le harcèlement en école primaire. Sur le coup, par un mécanisme de protection ou que sais-je, j’ai été rebutée d’apprendre que ces pratiques se faisaient si tôt. Et puis, comme une fenêtre que l'on ouvre trop violemment, les souvenirs jaillirent dans mon esprit. Tels des reflets sur chaque morceau de verre éparpillés. C’est ainsi que le récit mettant en scène un souvenir très vif raconté par le prisme de la petite Mélissa s’est imposé en guise d’introduction pour aborder avec vous ce sujet.

Comment le savoir quand son enfant ne dit rien ?

Les enfants ne sont pas tous réputés pour être bavards lorsque quelque chose ne va pas, surtout s’ils se sentent menacés où qu’ils ont peur de votre réaction et des conséquences que cela pourrait avoir sur ses agresseurs. Sachez qu’il y a des signes qui peuvent cependant alerter votre vigilance, en voici quelques-uns :

Décrochage scolaire

Ses évaluations baissent. Il n’assimile plus vraiment ses leçons, n’écoute plus en classe. Que votre enfant ait été plus ou moins bon élève avant ne veut rien dire, il est désormais en chute libre et ses résultats scolaires sont vraiment inquiétants. Cela signifie que votre enfant est préoccupé, perturbé dans sa scolarité. Il n’a plus les moyens de se concentrer sur son apprentissage.

Refus d’aller à l’école

Le soir, il commence à se plaindre de maux de ventre. Qui sont décuplés au petit matin. Il n’a pas l’air bien fiévreux, mais pourtant il vous supplie de ne pas aller à l’école. Trouve des excuses les unes après les autres mais sans vous exprimer clairement pourquoi.

Une attitude différente

Bien souvent l’enfant victime de violences scolaires va très rapidement s’enfoncer dans un monde qui n’appartient qu’à lui. Un refuge émotionnel pour lui permettre de souffler. De ce fait, il va vous paraître plus silencieux, plus solitaire également. Il va probablement passer plus de temps le nez sur un écran ou dans un livre. Tout pour s’évader, penser à autre chose. Il peut également avoir beaucoup moins d’appétit qu’avant et vous sembler également plus taciturne. Des signes qui ne trompent pas.

Comment faire ?

N’ayant pas eu un entourage très impliqué sur la question, l’équipe pédagogique de mon établissement ne semblant également pas concernée par ces problématiques (je leur souhaite d’avoir changé) et ce problème prenant de plus en plus d’ampleur depuis l’avènement des réseaux sociaux, je me suis donc lancée dans une course aux informations. Aux conseils. Découvrir ce qui est mis en place par les adultes décidés à agir. Et à ma grande surprise, pas grand-chose. Enfin si, quelques organismes proposant des rendez-vous payants aux parents pour prodiguer des conseils, qui m’ont paru inappropriés, ou des listes de suggestions affolantes telles que « Répondre à la violence par la violence ». Mais j’ai également découvert la mise en place du 3020 en 2015.

Le 3020, qu’est-ce que c’est ?
Le 3020 est dont un numéro de téléphone gratuit destiné aux parents, aux enfants et aux enseignants. Des dizaines de psychologues se relaient pour conseiller, encourager et épauler les personnes qui font face au harcèlement scolaire. Dans certains cas, ils peuvent orienter les parents vers un professionnel de la santé mentale pour une prise en charge en urgence. Je ne peux donc que vous recommander de passer par cette étape en premier lieu.

Communiquez

Certains vous diront d’aller à la rencontre des parents du ou des harceleurs. Sur ce point je suis mitigée. Les enfants ne sont pas méchants par essence. Ils entendent, écoutent et répètent des choses captées dans leur entourage familial. C’est également pour cela que je vous ai confié le texte « Mélissa ». Ses petits bourreaux étaient violents à bien des égards, mais les mots qui sortaient de leur bouche allaient au-delà du raisonnement qu’un enfant est capable de faire par lui-même à cet âge-là. Ces mots étaient en premier lieu prononcés par leurs mères, lors des commérages du soir à chaque sortie des classes. Galvanisés par les opinions de leurs parents, emportés dans un effet de boule de neige et les choses peuvent commencer.
Il est donc logique de penser que tous les parents ne seront pas dotés de la faculté de compréhension et d’écoute que vous vous attendez à trouver. Certains vont minimiser, réduire cela à des enfantillages, présenter une forme de déni. D’autres vont s’offusquer voire même en parler à leur enfant en faisant passer le vôtre pour une petite chose fragile. Encourageant de ce fait l’agresseur. Le mieux reste donc de se référer directement au personnel encadrant de l’établissement scolaire.

Joindre le geste à la parole

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Demandez sans délai un entretien avec le chef de l’établissement scolaire de votre enfant, sans le dire à ce dernier pour ne pas l’angoisser ou lui faire craindre des représailles. Prenez rendez-vous à un moment où vous ne risquez pas de tomber nez-à nez avec lui ou l’un de ses camarades de classe. Soyez discrets. Si vous êtes en couple, allez-y ensemble. Restez soudés. Face à la direction de l’établissement, vous devez être factuels : lieux, dates, noms, circonstances et actes. Détaillez également les impacts de ce harcèlement sur votre enfant mais aussi l’ensemble de votre vie de famille.
Une fois cet entretien terminé, je vous conseille vivement de rédiger un courrier récapitulatif détaillant de ce qui a été dit et des réponses qui vous ont été faites. Dans ce courrier, vous imposerez un délai raisonnable (une dizaine de jours) à la direction de l’établissement scolaire pour voir un changement significatif pour votre enfant. Indiquez que vous adressez également une copie de ce courrier au DASEN, le Directeur de l’Académie des Services de l’Éducation Nationale. En d’autres termes : le supérieur hiérarchique du chef d’établissement, qui se voit donc contraint de tenir ses engagements.
Les écrits, fermement menés et bien adressés, font bouger les choses. Dans la mesure du possible, cette lettre sera plus efficacement traitée si vous l’envoyez en recommandé avec accusé de réception.
Si rien ne change, je vous encourage à déposer une main courante contre l’établissement afin que les sévices et brimades subies par votre enfant et l’inaction du personnel encadrant soient actés.

Aider votre enfant

Au cours de ma scolarité, j’ai remarqué que parmi les élèves fragiles, cibles d’attaques quotidiennes, un petit lot était parvenu à s’en sortir rapidement. Confiants en eux, épanouis dans leur vie extra-scolaire, ces derniers avaient donc acquis suffisamment de ressources pour dire stop et contrer leurs harceleurs avec une indifférence efficace ou bien une aisance verbale maîtrisée. J’ai peu à peu découvert que ces enfants avaient été inscrits par leurs parents à plusieurs activités extra-scolaires, souvent dans des villes différentes de leur lieu de résidence : une activité sportive le samedi et une activité artistique le mercredi. De ce fait, mes camarades avaient développé autour d’eux un nouveau cercle d’amis. Complètement déconnecté du réseau formé par nos harceleurs. De mois en mois, ils développaient une réelle confiance en eux, suffisante pour ne plus se laisser faire et affirmer leur indépendance face à ces moqueries.
Je suis donc convaincue que pour aider votre enfant, il serait extrêmement judicieux de l’inscrire à des activités lui permettant de se défouler physiquement, via le sport mais aussi émotionnellement, via une activité artistique (musique, théâtre, arts plastiques...). Une activité communautaire, lui permettant en outre de ne pas perdre confiance en lui, ni envers les autres enfants.

A tous les parents

A vous, chers parents. A vous qui avez décidé de porter la vie et d’offrir au monde un être humain de plus. Soyez bienveillants. Ne jugez pas ses petits camarades, ne jugez personne. Le jugement, la moquerie, la malveillance, ne sont que les armes de personnes en souffrance, mal dans leur peau et leur vie. Je dis toujours qu’une personne bien dans ses pompes ne cherche jamais le négatif, pas plus qu’elle ne le trouve sur son chemin en dehors des aléas de la vie. Je pense que vous souhaitez le meilleur pour vos enfants et d’avoir une vie paisible.
Ne leur montrez pas des choses que vous n’aimeriez pas qu’ils subissent. Apprenez-leur à défendre les plus fragiles, les aider, les encourager. Apprenez-leur à ne pas rester silencieux face à l’injustice. Veillez à ce qu’ils aient confiance en eux. Soyez bienveillants. Rappelez-vous que vos enfants sont les adultes de demain. Le changement, l’évolution du monde et la fin des discriminations reposent sur leurs petites épaules. C’est une lourde responsabilité, mais c’est votre rôle de faire en sorte que le poids devienne celui d’une plume. En faisant en sorte que l’indulgence, la solidarité et la bienveillance soient des reflexes naturels.


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