La Petite Enfance dans l’Histoire : la Renaissance

La Petite Enfance dans l’Histoire la Renaissance

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Nous allons refaire un grand saut dans le temps pour nous diriger vers la Renaissance. S’écoulant du XVème jusqu’à la fin du XVIIème siècle, le regard de la société sur le jeune enfant va de nouveau connaître de grands bouleversements. Si cette époque fait revenir du passé de nombreux styles architecturaux et artistiques rappelant l’Antiquité, elle opère également un grand retour en arrière concernant les soins apportés aux tout-petits.
C’est parti pour le troisième épisode de notre chronique « La Petite Enfance dans l’Histoire » !

L’art d’emmailloter...

Si la petite enfance revêt un caractère sacré au Moyen-Âge, le passage à la Renaissance a apporté un certain lot de changements dans la perception que la population avait de sa progéniture. En effet, conscients de l’adulte en devenir qu’ils tenaient dans leurs bras, il était de plus en plus courant que les personnes en charge des soins du jeune enfant se soucient de son bien-être et de son épanouissement. Malgré cela, il est bon de noter que les effusions d’amour n’étaient pas des plus courantes.
Fini le cocon d’attentions et la transition en douceur entre le ventre de la maman et le monde extérieur. Sitôt venu au monde, le bébé était désormais envoyé en nourrice jusqu’à ses deux ans. Et si les bambins étaient déjà emmaillotés de la tête aux pieds, ces derniers disposaient tout de même d’une certaine liberté de mouvement. Mais à partir du XVIème, les idées changent et les choses se corsent.
En effet l’idée qu’un choc puisse littéralement détruire le squelette et causer un handicap définitif était très répandue, horrifiant ainsi de nombreuses familles. Ainsi, les nouveau-nés étaient donc certes emmaillotés, mais cette fois-ci ils étaient littéralement momifiés de la tête aux pieds dans une large pièce de lin ou de laine finement tissée et resserrée à son maximum autour de leur petit corps. Par cet accoutrement, l’enfant était privé de toute possibilité de mouvement, ses bras étant maintenus le long du corps, et ses jambes retenues en position raide et droite. En outre, afin de sécuriser davantage l'intégrité physique du nourrisson, les nourrices veillaient à l’attacher solidement au berceau. L’air étant également jugé nocif voire toxique, on veillait à garder le bébé enfermé. Mais cet emmaillotage n’étant pas pratique du tout, le poupon était en outre victime d’une autre source d’inconfort : la propreté.

...et de la propreté.

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Comme tout être vivant, le tout petit doit régulièrement satisfaire des besoins naturels plusieurs fois par jour. Mais puisque son « emballage » revêtait un caractère trop laborieux et qu’il fallait éviter le moins de mouvement possible, le change ne se faisait donc qu’une fois par jour. Et comme la saleté était un gage de « protection » et « d’hygiène », que la toilette et le bain avaient mauvaise réputation... les langes utilisés en guise de couches culottes était donc simplement mis à sécher et réutilisés tels quels. Ainsi, les poux, les puces et une forte odeur corporelle étaient vus comme des gages de bonne santé. Tout un programme...
Il est cependant bon à savoir que les bébés royaux et princiers avaient à leur service une « remueuse », dont le rôle était de défaire et de changer l’emmaillotement plusieurs fois dans la journée. Mais cette hygiène reste malgré tout très relative. On sait par exemple que Louis XIII n’aura reçu son premier bain qu’à l’âge de 7 ans.

C’est donc ainsi qu’un tout petit passait ses douze premiers mois de vie : ligoté, sale et privé d’air frais. Mais une fois son premier anniversaire fêté et ses chances de survie étant augmentées, il était libéré de ses entraves et vêtu d’une robe ample (peu importe son sexe). Grâce à cet accoutrement, il pouvait être placé dans un trotteur à roulettes en bois pour commencer enfin à exprimer à loisir ses désirs de mouvements. La robe était l’habit officiel de l’enfant jusqu’à sa septième année, autrement dit l’âge de raison. Ne portant rien sous son large vêtement, le bambin était alors libre de se soulager quand bon lui semblait. L’apprentissage de la propreté se faisant alors progressivement à l’aide d’un pot de chambre ou d’une chaise percée.

L’alimentation

A la Renaissance, les nourrissons étaient confiés à une nourrice qui veillait à le nourrir au sein jusqu’à l’apparition des premières dents. Comme au Moyen-Âge, cette dernière devait être d’un naturel joyeux mais également sobre et chaste. Elle devait disposer d’une bonne carrure, mais avoir des muscles fermes et peu de zones grasses. Il était également préférable qu’elle soit brune plutôt que blonde et que sa peau ne soit pas trop blanche, pour que son lait soit de meilleure qualité. En revanche, les femmes rousses étaient systématiquement exclues de cette tâche.
Le sevrage était accompagné d’accessoires comme des tétines en grès. Des biberons, à l’époque nommés « Chevrettes », étaient fabriqués à partir du même matériau et remplis de lait de chèvre. Petit à petit, des céréales bouillies étaient ajoutées à l’alimentation du tout petit, puis des aliments hachés et/ou prémâchés par un adulte.
En revanche, bien qu’ils puissent avoir à leur disposition de nombreux jouets (chevaux de bois, dinette, toupie, tambourin...), l’enfance n’existait pas vraiment durant cette époque, du moins pas telle que nous la connaissons aujourd’hui et très vite les plus jeunes étaient formés à se tenir en société et à pourvoir participer à des conversations adultes. Leur éducation sexuelle était extrêmement précoce et les mariages célébrés bien avant l’âge nubile.
Toute cette période "d'inexistence" de la petite enfance s'achèvera à la fin du XVIIIème siècle, lors de la publication en 1762 du traité d’éducation de Jean-Jacques Rousseau « Émile ou de l’Éducation ».


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