Deuil parental : survivre à l’inimaginable

Deuil parental survivre à l’inimaginable

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Il y a quelques temps, j’ai découvert l’étonnant tour de France à vélo d’Aude et Solveig. Curieuse, j’ai donc prêté une oreille attentive à la raison d’un tel périple.
Aude et Solveig sont les mamans du petit Maël, un petit garçon de 18 mois à qui les médecins avaient diagnostiqué une leucémie. D’emblée, les amoureuses s’étaient promis qu’à la guérison de leur petit bout de chou ils partiraient, tous trois, dans un incroyable tour du pays à vélo. Un merveilleux voyage pour aller à la rencontre de toutes celles et ceux qui se sont mobilisés autour de leur petit bonhomme durant son combat contre la maladie. A l’aube de l’hiver 2020, Maël s’est éteint après un combat qu’il aura mené comme un véritable petit guerrier. Bien que le destin en eu décidé autrement, les deux mamans n’ont jamais renoncé à ce projet. Comme un moyen de conjurer leur douleur, elles ont pris d’assaut les routes de France en Février de cette année. Je vous invite d’ailleurs à découvrir leur magnifique projet, qui a touché à sa fin il y a deux semaines.

Mais en dépit de toute la force de mon admiration, je ne peux m’empêcher de me demander comment des parents peuvent bien survivre à un tel drame ? Un drame tellement inconcevable qu’il en est presque tabou à travers le monde. Les personnes qui perdent leur moitié(e) sont des veuves, ou des veufs. Celles qui perdent leurs parents sont des orphelines ou des orphelins. Mais à ma connaissance, aucune langue au monde ne dispose d’un nom pour désigner un parent qui subit la mort de son enfant.

C’est pourquoi je vous propose d’évoquer quelques petites choses qui peuvent aider celles et ceux qui se voient frappés d’un tel malheur, à apprivoiser un peu de leur douleur.

Survivre à deux

Il est dit que beaucoup de couples n’ont plus la force de poursuivre leur route ensemble lorsque le deuil d’un enfant les frappe. Ce n’est pas vrai. Si cette tragédie est suivie d’une période de mal-être et de stress, elle peut effectivement aggraver des troubles déjà présents dans la relation, accélérer une fin qui était probablement inéluctable. En revanche, l’effet inverse est tout aussi possible et un couple qui était en situation de faiblesse peut soudainement se souder et s’unir dans la douleur en réalisant la force de ce qui les lie.
Plus qu’un découragement, c’est bien souvent un décalage dans la communication qui est susceptible de générer une déchirure. Bien que ce que je vais dire n’a pas vocation à être une généralité, les femmes sont bien souvent plus expressives que les hommes, elles n’hésitent pas à communiquer verbalement leurs émotions sur le vif. L’homme, qui souvent est plus réservé, sera alors considéré comme fuyant, voire désintéressé aux yeux de sa compagne. Or, ce n’est pas le cas. Mais le fait de ne pas pouvoir apporter de solution concrète à la détresse de sa conjointe le met en situation d’échec, de perplexité et donc de retrait alors qu’en réalité il lui suffit simplement d’écouter ce que sa moitié a besoin d’exprimer. Si chacun porte son deuil, nul ne doit oublier que ses épaules subissent également celui de l’autre parent.
Il faut aussi balayer toute pensée maladroite qui sous-entendrait que la personne qui a porté l’enfant durant neuf mois souffre davantage que l’autre. Cette prérogative facile n’est en aucun cas une vérité fondamentale.

Accepter les besoins de l’autre

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Être présent pour l’autre requiert d’abord de s’écouter soi-même avant tout et de ne pas considérer cela comme de l’égoïsme. On ne construit rien sur des fondations fissurées. Il est complètement normal de se sentir seul quand on est entouré, de s’estimer en décalage face à la douleur des autres ou d’avoir besoin de solitude. La douleur, et même la vie, n’ont pas de norme. Personne ne réagit de la même façon lors d’un drame.
Si les premiers temps sont consacrés au chagrin, à la douleur, les étapes suivantes du deuil ne se gèrent pas de façon aussi régulière pour tout le monde et il n’y a pas de place pour la rivalité dans la souffrance. Seulement pour l’union. Si la colère et l’agacement s’inviteront forcément au cortège d’émotions qui accaparent les esprits, il ne faut pas hésiter à le verbaliser. Il n’est pas question ici de se confier intégralement alors que l’on n’en a pas envie, mais simplement de demander à l’autre le droit de reprendre son souffle. Demander à sa moitié de s’isoler ne veut pas dire qu’on laisse tomber le couple. Ça ne signifie en rien que la relation est terminée. Encore une fois, il n’est pas bon d’imposer à qui que ce soit sa propre façon de gérer la douleur. Accéder aux requêtes de l’autre permet simplement de ne pas cumuler des griefs et des tensions inutiles.
Aimer l’autre et s’accorder du temps seul(e) n’est pas une faute, c’est même essentiel d’avoir son propre espace à soi, hors du temps et de la relation.

Pour mieux se retrouver

Suivre son propre rythme afin de mieux s’accorder à celui de l’autre parent en deuil implique nécessairement des questions sur la vie intime du couple. Il est complètement évident que la sexualité du couple soit perturbée par le deuil. Certains parviennent à se retrouver sans réellement attendre, d’autres ont besoin de mois, voire d’années. Une fois encore, aucune règle n’est fixée. Rien n’est figé dans le temps.
Il ne faut pas ressentir de culpabilité face aux demandes de son corps, ou d’incompréhension face à celles de son/sa partenaire. Pour cela, il ne faut pas avoir peur d’en parler à cœur ouvert ou même de trouver de l’aide auprès d’un thérapeute. Ressentir du plaisir physiquement peut être vécu comme un manque de respect face au deuil que le couple traverse.
Mais en réalité, et bien que cette phrase puisse sembler violente : la vie est toujours là.
La sexualité d’un couple commence d’abord par le toucher, des gestes de tendresse, une étreinte ou encore un baiser sur le front. Le deuil implique très souvent une pudeur physique. Une angoisse de toucher l’autre, la peur de le déranger. Mais il est fondamental de ne pas perdre ce contact fort et nécessaire, en réalité. Se toucher, se témoigner de l’affection font partie du chemin vers la reconstruction.

Formuler ses besoins, respecter ses envies, comprendre et écouter ce que l’autre à besoin d’exprimer. Avancer en ayant à l’esprit qu’aucune règle n’oblige personne à faire quoi que ce soit. Ne jamais oublier que chacun avance avec son rythme et ses propres moyens. Communiquer. Se réconforter.

Je souhaite que ces quelques mots puissent servir de pansement, aussi léger soit-il, à celles et ceux qui sont concernés par cette douloureuse épreuve. Mais n’oubliez jamais : personne n’est égal face à la douleur.


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