La Petite Enfance dans l’Histoire : l’Antiquité

La Petite Enfance dans l’Histoire l’Antiquité

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Bien que seulement 5% de l’ensemble des écrits datant de l’antiquité nous soient parvenus, la transmission d’objets culturels et plusieurs décennies d’archéologie nous permettent d’avoir une idée très nette de l’Histoire en ses temps les plus reculés et ainsi nous éclairer sur les mœurs et coutumes datant d’époques lointaines concernant la petite enfance. Mais c’est seulement depuis 20 ans que les chercheurs ont décidé de pousser leurs travaux pour en faire un véritable sujet d’étude. C’est donc sur la civilisation romaine que j’ouvre notre nouvelle chronique de l’été : Éducation et petite enfance dans l’Histoire.
Abeamus !

Naître chez les romains

Si l’on sait que chez les égyptiens ou les germains les nouveau-nés étaient accueillis avec joie et que chaque foyer veillait à l’éducation des tous petits scrupuleusement, les civilisations gréco-romaines de leur côté estimaient qu’un jeune enfant était inutile à la société et demeurait un citoyen inaccompli, ne disposant pas des qualités requises pour être utile au monde, jusqu’à l’âge de 7 ans. En d’autres termes, il était considéré comme un animal sauvage. Il avait donc le statut social d’«
in fans
», autrement dit non-parlant. Si les garçons étaient généralement toujours reçus avec espoir, les petites filles, elles, n’étaient pas considérées comme importantes et de valeur aux yeux du chef de famille sur qui toutes les décisions reposaient. On sait par exemple que le jour-même de la venue au monde de l’enfant, seul le père décidait si oui, ou non, le nouveau-né était reconnu comme un membre de la famille (
tollere
). Dans le cas contraire, le nourrisson (
alumnus
) était purement et simplement abandonné devant le domicile ou pire, dans une décharge publique où il pouvait être récupéré par des marchands d’esclaves, dans le meilleur des cas. Ce n’est que plusieurs jours après la reconnaissance du père que l’enfant recevait son nom. Neuf jours après la naissance pour un garçon, huit pour une fille.
Malgré cela, si les pères de famille avaient donc le droit de vie ou de mort sur leurs enfants, y compris à l’âge adulte, il est malgré tout reconnu que les foyers romains n’employaient pas de violences dites « éducatives » envers les plus jeunes. Ce sera à l’école que les brutalités physiques seront monnaie courante et d’où nous parviendra le terme
disciplina
, signifiant en latin « éduquer et punir ».

Première années et éducation

Dans les familles riches ou libres, sitôt reconnu par son père le jour de sa venue au monde, l’enfant était confié à une nourrice (
nutrix
) qui avait pour rôle de l’allaiter et de veiller sur lui durant ses trois premières années vie, après lesquelles le sevrage devait être considéré comme acquis. Cette dernière avait pour ordre de progressivement varier l’alimentation du jeune enfant afin de l’initier à ce qui était considéré comme une nourriture « meilleure » et « humaine ».
Durant les premiers mois, le bébé était en permanence comprimé dans des bandelettes serrées à différents endroit du corps que l’on souhaitait affiner pour qu’ils répondent aux normes physiques romaines : le crâne, la mâchoire, les poignets, les coudes, les genoux et les hanches. Si pendant ses deux premiers mois de vie l’enfant est maintenu immobile et raide, ces liens seront desserrés progressivement, en commençant par libérer le bras droit, pour que le tout petit devienne impérativement droitier. Cet emmaillotement était ponctué de bains froids quotidiens complétés de massages en vue d’accentuer le modelage du corps du bébé.
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La nourrice devait en outre veiller à lui fournir une première éducation jusqu’à l’âge de 7 ans, où il atteindra définitivement le statut d’être humain ainsi que le titre de «
puer
», l’enfant. Toujours dans l’optique de modeler son corps « à la romaine », ce dernier ne bénéficiait que d’une quantité d’aliments et de sommeil restreints, ne devait prendre que des bains froids et s’exercer physiquement chaque jour (équitation, natation dans l’eau froide, escrime...). L’obésité et le surpoids, synonymes de mollesse et de fragilité, étaient vigoureusement évités par le biais de ce régime sévère. Pour la société romaine, endurcir le corps était un symbole de puissance et de force mentale.
Un pédagogue était également désigné dès le sevrage de l’enfant pour soutenir l’apprentissage au quotidien prodigué par la nourrice. Il se chargeait également de l’accompagner chaque jour au «
ludi literali
», un forum faisant office d’établissement scolaire où les enfants recevaient une éducation plus complète et apprenaient à lire, écrire et compter. Ils bénéficiaient d’un jour de repos tous les neufs jours, de 5 jours de vacances au mois de mars et de congés durant tout l’été. Ces écoles étaient mixtes, bien que les filles y étaient plus rares. En effet ces dernières faisaient l’objet d’un plus grand nombre d’infanticide et étaient mariées par leur père dès l’âge de 12 ans, car considérées comme nubiles. Lorsqu’elles n’étaient pas envoyées au ludi literali, elles étaient formées dès le plus jeune âge au tissage, au filage à la quenouille et aux tâches domestiques. La suite de leur éducation et de leur accès à la connaissance dépendait de leur mari qui en était devenu le responsable.

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Le garçon lui, une fois âgé de 12 ans, pouvait enfin quitter l’école élémentaire pour être orienté sur une éducation sportive durant deux ans. Il pouvait également commencer à porter des vêtements d’adultes. A partir de ses 14 ans, ce dernier vivait alors une période d’éphébie : un temps d’instruction civique et militaire s’étalant sur deux ans. Recevant ainsi le statut d’éphèbe, il suivait durant la première année une instruction martiale et citoyenne, par l’apprentissage du maniement des armes, des techniques de combat et des lois. La seconde année consistait à l’envoyer œuvrer sur des chantiers de constructions importantes. L’éphébie prenait fin avec un examen qui avait pour objectif d’évaluer la bonne éducation de l’élève et son gain en maturité. Considéré désormais comme un adulte, il pouvait alors choisir de rejoindre l’armée ou d’entrer dans la vie publique. Puisque la majorité n’existait pas durant l’empire romain et que seule la puberté définissait la possibilité ou non d’un enfant d’accéder à de nouvelles activités, il n’était pas rare de voir des colonels de l’armée, des prêtres ou encore des avocats âgés... de 16 ans.

Chez les familles populaires, le garçon suivait très tôt son père pour l’épauler dans son travail (aux champs, en construction...) tandis que les fillettes tenaient le foyer avec leur mère. Comme la plupart des romains, ces derniers étaient illettrés. Pour les personnes les plus pauvres ou soumises à l’esclavage, il n’était pas question d’avoir des enfants. Si l’on sait peu de chose sur la façon dont on s’occupait des jeunes enfants dans ces couches de la société, hormis qu’ils restaient une marchandise, il fut découvert qu’une loi d’État imposait à ces parents de vendre ou de mettre en gage leurs nouveau-nés dans le but de les « domestiquer » et cela dès la naissance.
C’est avec la fin de l’empire romain et les invasions germaniques que progressivement le statut de l’enfant évoluera dans la société romaine. Notamment lors du moyen-âge. Mais cela, nous le verrons dans un prochain épisode !


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