Le burn-out parental : parlons-en

Le burn-out parental parlons-en

161307189236347.jpg

Dimanche 07 février, l’émission Zone Interdite était consacrée au burn-out parental, ou dans la langue de Molière : l’épuisement des parents.
Si la Belgique publie sans complexe des chiffres à ce sujet (8% des parents belges sont concernés par le problème), la question est toute autre en France, où le sujet commence seulement à émerger comme une question de santé publique. Longtemps resté sous une cloche de verre, stigmatisé et relégué au panthéon de la honte, le phénomène tend enfin à faire parler de lui sous un aspect plus humain auprès des français. Même si nous trouverons toujours des individus pour rabaisser celles et ceux qui osent élever leur voix pour témoigner, de plus en plus de bienveillance les entoure. Car oui, l’épuisement parental est un trouble psychologique apparenté au burn-out professionnel et à la dépression nerveuse.

Burn-out parental, comment le reconnaître ?

Même s’il n’existe aucun parent qui ne connaisse pas la fatigue, le fait d’être débordé ou pris en étau entre ses obligations professionnelles et parentales, tout le monde ne sombre pas systématiquement dans la spirale du burn-out. Celle-ci, si peu ou pas du tout prise en charge, peut aboutir à de véritables drames familiaux. Cependant, il existe des signes pour différencier le coup
Plusieurs symptômes sont à relever pour être orienté sur la piste du burn-out parental. En premier lieu et de façon logique, un épuisement intense. Mais contrairement aux états de fatigue passagers qui se règlent en quelques heures de repos, voire après quelques jours de vacances, cet abattement s’insinue durablement dans votre quotidien. Il devient compliqué de dormir paisiblement, de se reposer, de lâcher prise. Votre humeur semble faite de périodes creuses successives et de plus en plus tenaces allant parfois jusqu’à une certaine fatigue émotionnelle pour votre ou vos enfant(s). Une simple activité, comme le bain, peut alors sembler aussi pénible que l’ascension d’une montagne. Vous êtes en mode « pilote automatique ». Vous ne prenez plus réellement de plaisir à ces moments partagés et avez pour objectif d’en finir vite.

Mais pourquoi j’en souffre ?

Les réseaux sociaux, à bien plus grande échelle que la télévision, le cinéma et les spots publicitaires, ont ouverts les vannes à un flot d’images de familles parfaites. Cette fameuse « famille Ricoré » qui nous faisait doucement sourire il y a 20 ans s’est vue supplantée par des influenceuses à la vie lisse et au quotidien rempli de sourires et d’enfants bien sages, chapeautés par des photos d’une vie de couple sans désaccord et complice à toute heure. Elles-mêmes en compétition avec de plus grandes personnalités publiques pour lesquelles chaque publication sur leur vie de famille semble si facile. Alors vous commencez par regarder votre moitié, assise juste à côté et avec qui vous vous preniez la tête la veille au sujet de la gestion du foyer. Puis vous jetez un œil à vos enfants qui ont décidé à ce moment précis d’avoir un accès de libre expression artistique avec leurs feutres sur les murs de votre salon. Et vous sentez que la petite craquelure d’hier devient une fissure qui va alors prendre de plus en plus de place à mesure que défilent devant vos yeux ces publications Instagram Parfaites.
En d’autres mots : vous venez de vous mettre la pression. Encore.
Et c’est cette pression, cette nouvelle course à la perfection qui va progressivement faire de cette fissure un fossé. Puis un gouffre entre vous, votre partenaire, vos enfants.

Que puis-je faire pour aller mieux ?

161307189364388.jpg
Tout d’abord, revenons si vous le voulez bien à cette famille Instagramable qui vous a collé un bon coup de chaud. Je vais vous faire du bien tout de suite : c’est du vent. De la com’. Rien n’est humain dans ces images. Leur maison à très probablement été nettoyée par des employés de maison. Le linge des enfants, leur bain, leur repas et leurs colères gérés par une, deux, voire trois nannies. Tout est propre, tout est prêt, c’est parti, une photo et tout le monde reprend le cours de sa vie.
Vous, vous gérez. Seule. Seul. À deux. D’accord, peut-être avec l’intervention divine d’une nounou parfaite et d’une aide-ménagère. À temps partiel. Mais le reste du temps, du jour, de la nuit. C’est vous. Avec un emploi du temps au diapason. Et pourquoi pas une activité professionnelle à 35 heures. Ou peut-être pas. Qu’importe ? Vous êtes un être humain en 2021 avec les difficultés de son époque. Ne dites pas « avant c’était pire ». Chaque époque a ses contraintes. Vous avez le droit de vous plaindre. Vous avez le droit de trouver ça dur.
Des chercheuses belges ont découvert que dès lors qu’un parent parvient à identifier sa souffrance, à l’admettre et à l’assumer, le reste suit. Pas en deux jours, mais en quelques mois. Le temps de trouver des solutions pour aménager le quotidien. Déléguer. Partager.
D’ailleurs, leur solution est simple : parler. Avec d’autres parents. D’autres familles fissurées. Parler, partager, témoigner. Ne plus être dans la solitude est en soi une première délivrance.

J’ai conscience que certaines personnes vont se reconnaitre au travers de ces lignes, sentir qu’on touche au cœur de leur vulnérabilité. Peut-être même que certains ou certaines sont en train de pleurer, de culpabiliser en me lisant. Mais je tiens à vous dire que vous n’êtes pas coupables. Parlez-en autour de vous. À des proches, votre médecin, votre nounou, ou toute personne ayant de près ou de loin connaissance de votre situation personnelle. Votre employeur peut également s’avérer sensible à ce que vous êtes en train de vivre. En parler, demander de l’aide, c’est la pierre angulaire de votre reconstruction.

Pendre soin de votre enfant, c’est avant tout prendre soin de vous. Ne vous oubliez pas.


← Retour

Si vous souhaitez publier un commentaire sans vous identifier, vous le pouvez en cliquant dans le champ "Nom" ci-dessous, puis en cochant la case "Je préfère publier en tant qu’invité". Seuls un nom d’utilisateur et une adresse email vous seront alors demandés.

Tous les commentaires sont soumis à la modération de l’équipe d’administration du site.