Protection de l’enfance : leur droit à l’image

Protection de l’enfance leur droit à l’image

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Cher tous,
J’ai décidé de lancer une nouvelle série d’articles axés sur la protection de l’enfance. Petite Enfance RH a toujours eu à cœur de parler de tous les enfants, partout dans le monde. Sans distinction de sexe, d’origine, d’état de santé, de développement. Mais je réalise que je ne vous offre que des conseils et des bribes de vies d’enfants heureux et épanouis. Or, le terme « tous les enfants », comprend également ceux victimes d’abus, de violences, d’exploitation, de soumission et de tortures. Par la recherche de témoignages, en allant à la rencontre d’associations, je souhaite tout mettre en œuvre pour vous parler des droits de nos enfants lorsque ces derniers sont bafoués. Sans filtre.
Parce que mettre un doigt dans l’engrenage, c’est essayer de l’enrayer.

Entre carrière et voyeurisme

Blogueuses, Youtubeuses, starlettes de téléréalité se voyant influenceuses... Cela ne fait pas loin de dix ans que tout ce petit milieu a commencé à évoluer sur Internet. Elles ont commencé jeunes, voire très jeunes, et sont aujourd’hui devenues des femmes actives. La plupart sont en couple et mamans. Je dois reconnaitre que certaines de ces familles 2.0 sont extrêmement vigilantes concernant l’image de leurs enfants et ne laissent filtrer que très peu de détails, si ce n’est une chevelure, des mains, une vue de dos. Pour d’autres, rien que cela c’est déjà trop et rien n’est exposé. Aucune image. Aucun prénom.
Mais il existe une troisième catégorie, celle dont je veux vous parler : celle qui montre tout.
Concernant ce groupe d’individus, vous avez à nouveau plusieurs degrés d’exhibition des enfants, en fonction de chaque famille : quelques photographies de face, apparitions en vidéo, enregistrements sonores, tests de produits à des fins commerciales, création d’un compte de réseau entièrement dédié à leur quotidien et sur lequel tout est exposé. Les tenues du jour, les moments intimes, des codes promotionnels pour engranger quelques milliers d’euros sur l’image d’enfants qui n’ont pas conscience de ce qui est en train de se jouer.
Cela vous choque ? J’ai découvert que l’on pouvait faire pire encore.

Quand la dignité de l’enfant est bafouée

La rédaction de cet article ne m’est pas venue alors que je cherchais un sujet susceptible de vous intéresser, voire vous aider. Pour être honnête, cela fait plusieurs mois que je tombe sur des publications suggérées ou sponsorisées mettant en scène des enfants. De part mon travail sur PERH, les suggestions de contenu qui me sont proposées sont majoritairement axées sur la petite enfance. De ce fait, cela fait plusieurs fois que j’assiste à des publications, parfois en direct, au cours desquelles la dignité des enfants mis en scène est clairement atteinte. Bien entendu, n’attendez pas après cet article pour en sortir des noms. Mais sachez que ces vidéos sont suivies par des communautés de mamans dépassant très souvent plusieurs dizaines, voire centaines, de milliers de followers. L’éventail d’exemples est large, trop large d’ailleurs, puisqu’il s’agit de très jeunes enfants.
Je repense, entre autres, à cette influenceuse sur Instagram, maman d’une petite fille d’environ 3 ans. Chaque jour sont publiés les « looks of the day » de la fillette. Maquillée comme une adulte, retouchée avec des filtres pour être « corrigée et plus photogénique », tout en apparaissant dans des poses très lascives qui ne peuvent être suggérées que par la personne à l’origine de la publication : sa mère. Objectif de ces images : citer le nom d’une marque à l’origine de tel vêtement ou accessoire en échange d’un contrat financier avec les parents de l’enfant.
Mais les choses peuvent aller encore plus loin et prendre des airs de maltraitance infantile via des actes d’humiliation sur l’enfant. Comme des petits, âgés d’environ 5 ans, filmés quotidiennement, sur les réseaux sociaux en direct. Dans ma recherche, je ne suis pas tombée sur une seule publication où l’un des enfants de cette page ne se faisait pas hurler dessus, pour des bêtises spontanées, quand ces dernières ne sont pas mises en scènes par la mère de famille. Des cris pour proférer des paroles supposément comiques telles que : « Je vais vous étriper », « Vous me saoulez », « Vous êtes complètement malades » afin de caricaturer l’épuisement maternel.
Si pour les spectatrices amusées, tout ceci est surjoué et accentué pour faire rire, personne n’explique à ces enfants que ces mots ne sont pas vrais. Que leur maman fait semblant. Mais comment comprendre la sensibilité infantile lorsque l’on exhibe son petit garçon dans une vidéo diffusée en direct pendant qu’on lui tond le crâne, pour « lutter contre les poux ».
Combien de vidéos ai-je vues de ce même enfant, se faire crier dessus pour X ou Y raison, en direct, toujours, pour épater quelques centaines de mères de familles surconnectées qui rient et applaudissent, se reconnaissant dans ces tracas « de vie de maman ».
Combien de vidéos durant lesquelles ce même petit garçon se touche systématiquement le pénis en fixant la caméra, l’air perdu face aux cris de sa mère. Certaines rient davantage. D’autres tirent la sonnette d’alarme. L’une d’elle avance, en commentaire : « Si votre enfant se touche trop souvent à des moments ou dans des lieux incongrus, cela pourrait toutefois être le signe qu’il est très anxieux ». Le Docteur Stéphane Hérion, sexologue et thérapeute systémique, confirme cet état de fait. Mais aussitôt, cette maman indignée se fait reprendre par des dizaines de supportrices de la vidéaste, qui à son tour plante un commentaire final pour imposer le silence à sa détractrice. Après tout, on voit son fils rire par moment, c’est que tout va bien.

Les conséquences sur l’enfant

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Le net est entré dans nos foyers il y a une vingtaine d’années. Les réseaux sociaux, dont YouTube, n’ont connu un réel essor que depuis les 8 dernières années. Nous n’avons donc aucun recul afin de nous permettre de schématiser au mieux les conséquences d’une surexposition en ligne de tous ces enfants. Mais certaines choses me font penser que le résultat ne sera pas sain. Pourquoi ?
Prenons en exemple les enfants du monde de la télévision, du cinéma, de la publicité, de la chanson. Ces petits bouts que l’on mettait sur scène sans demander leur avis, beaucoup trop jeunes pour en prendre conscience, et que l’on faisait chanter, jouer la comédie. Aucun enfant n’est sorti indemne du monde du show-business. Beaucoup d’entre eux, plus vieux, révèlent avoir sombré dans l’alcoolisme avant l’âge de 10 ans. Puis la drogue. Pour enfin être en rupture totale avec leurs parents, envers lesquels il n’existe plus aucune confiance. Il est vrai que l’on peut se poser des questions. Comment fait-on pleurer un enfant de 3 ans qui n’a aucune notion de comédie lors du tournage d’une scène poignante ? Cette brutalité émotionnelle, parfois physique, nous la retrouvons à présent sur les réseaux.
Les enfants de 2020 sont victimes d’un nouveau phénomène : le cyberbullying. Qui caractérise le fait de ridiculiser un petit camarade en ligne, avec des photos ou des vidéos le tournant en ridicule. Nous savons tous qu’une fois sur Internet, l’image postée ne nous appartient plus. Elle pourra rejaillir encore et encore, à tout moment. En tout temps. Imaginez l’impact pour ces jeunes une fois adolescents, que cette nouvelle forme de harcèlement pousse déjà trop souvent au suicide.
A présent, transposons ces faits sur les enfants d’Instagram, Facebook et YouTube. Ce petit garçon qui se tient le pénis. Que croyez-vous qu’il se passera lorsque ses camarades de classe seront en âge de tomber sur ces vidéos. Chose inévitable compte tenu de l’acharnement de sa maman pour apparaître en ligne en quête de « buzz ». Sur le dos de ses enfants qui ne sont pas consentants parce que trop jeunes pour comprendre. Que dire de cette petite fille hypersexualisée comme une starlette du petit écran sur Instagram ? Quelle image aura-t-elle d’elle-même si dès l’âge de 3 ans sa maman retouche la moindre photo d’elle pour la rendre « plus jolie » et sans défaut ?

Ce que dit la loi

Harcèlement, fake news, détournement de son image... Les conséquences pourront être aussi variées que terribles. Notre gouvernement commence seulement à faire émerger des textes de lois concernant la protection de ces enfants. En première instance, sont débattues les questions financières liées aux gains amassés par les parents mettant en scène leurs enfants. Il est pour le moment seulement recommandé par l’un de nos députés de mettre en place un Droit à l’Oubli destiné aux enfants qui souhaitent voir leur image effacée du net lorsqu’ils seront en âge réaliser ce qui leur est arrivé.
Cependant, il faut savoir que les réseaux sociaux répondent très difficilement à la juridiction française. Je n’ai pas souvenir que du contenu ai été effacé de Facebook suite à une demande en vertu de l’article 17.1 du Règlement Général sur la Protection des Données (RGPD).
Et quand bien même, ces images ont depuis été allègrement distribuées, voire détournées, partout dans le monde. Je le répète : ce qui est diffusé sur Internet est définitivement hors de tout contrôle. Vos droits sur ces images sont quasiment inexistants.

Instagram, Facebook, YouTube, limitent leurs inscriptions aux plus de 13 ans. Pensez-vous que ces enfants que l’on retrouve dessus ont créé ces comptes d’eux-mêmes en demandant sagement à leur maman de leur expliquer les conditions d’utilisation ainsi que les risques concernant leur vie privée ? Non. Ce sont les parents qui sont à l’origine de ce phénomène. Ce sont des parents qui violent le droit à l’image de leurs propres enfants dans le but d’une gloire virtuelle. N’ayant visiblement aucun talent pour se mettre eux-mêmes en avant.

Alors avant de diffuser vos enfants. Avant de me dire « Mais je fais attention », « Ils s’amusent beaucoup » « Ce sont eux qui me demandent maintenant », répondez simplement à ces simples questions :

  • Sont-ce vos enfants qui ont initié ces activités en ligne en toute conscience des risques potentiellement encourus ?
  • Pensez-vous qu’ils disposent de la maturité, des connaissances et de capacités de réflexion nécessaires pour accepter d’être diffusés en ligne dans des moments parfois très intimes ou gênants ?

Voulez-vous bafouer la confiance qui vous lie à vos enfants depuis leur premier souffle ?


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