COVID19 : la rentrée du 11 mai, le pour et le contre

COVID19 la rentrée du 11 mai, le pour et le contre

158879515162806.jpg

À quelques heures de cette rentrée sous tension, deux groupes se sont clairement formés : les pro et les antis retour à l’école. Et si les arguments des uns comme des autres sont très intéressants, vous vous posez encore probablement de nombreuses questions afin de prendre votre décision d’ici dimanche soir.
Avec toutes les précautions possibles, je vais donc tâcher de vous y aider tout en respectant les positions de chacune et chacun d’entre vous.

Conditions et sécurisation compliquées / Cas de conscience d’un côté

Si pour nous, adultes, il est déjà compliqué de nous adapter aux règles de sécurité sanitaire, les professionnels de la petite enfance et parents de jeunes enfants sont unanimes lorsqu’il est question d’aider les enfants à respecter ces nouvelles règles.
En effet, ces dernières n’ont été annoncées que depuis quelques jours : port du masque pour les enseignants, distanciation sociale, désinfection régulière, gestes barrières, aseptisation des lieux et des objets (y compris les jouets) ... Tout cela semble clairement impossible à appliquer avec de jeunes enfants en si peu de temps. C’est d’ailleurs ce que déplore Céline Prier-Chéron, professeur des écoles en maternelle et représentante du Syndicat National Unitaire des Instituteurs, Professeurs des Écoles et PEGC (SNUIpp - FSU) en Eure-et-Loir pour France 3 Val-de-Loire : « Que ce soit le lavage des mains ou la distanciation sociale... allez dire à un enfant de trois ans d’aller aux sanitaires seul et de se mettre à la sieste sans qu’un adulte soit près de lui pour l’installer. Si on pouvait le faire, cela se saurait ».

158878878686231.jpg
En revanche pour la sécurité et les conditions de travail des autres employés scolaires, silence complet : « Le protocole adressé pour les enseignants ne nous mentionne pas. Nous n’avons reçu ni masques, ni gants, ni rien. Aujourd’hui nous avons été convoquées pour aller préparer la désinfection des classes. Aucun superviseur n’était présent. J’étais seule avec mes collègues, on a dû faire avec les moyens du bord. Nous nous sommes permises de prendre quelques masques réservés à la cantine scolaire, puisque rien n’avait été mis à notre disposition », me confie par téléphone Sylvie, adjointe territoriale dans une école maternelle des Bouches-du-Rhône, éreintée après une journée passée à nettoyer et aseptiser sans consigne préalable autre qu’un délai d’exécution à respecter.

Avec de telles constatations, il est normal qu’une majorité de familles n’aient pas encore pu prendre de décision en toute confiance. Pire encore, certains parents sont face à ce que j’appellerai un véritable casse-cœur : « Ma fille de 9 ans pleure à chaudes larmes à l’idée de ne pas retourner à l’école. Je pense aussi à la sécurité de tous et à l’effort collectif. J’ai la possibilité de l’y remettre ou de la garder à la maison, je dois choisir demain... », annonce dans un tweet Coline Jouan, fondatrice de Bravo Kid, qui ajoute, très justement : « Sacrifier le bien-être de son enfant sur l’autel du collectif. Trouver les ressources nécessaires pour lui expliquer pourquoi nous avons fait ce choix et pas d’autres parents (...). Jamais je n’aurais pensé être face à cela ! ».

De plus, un blocus commence à prendre de l’ampleur au sein de l’Éducation Nationale : « Nous avons déposé un préavis de grève qui court du 11 mai au 14 juillet, si nos demandes ne sont pas obtenues, nous pourrions également faire jouer notre droit de retrait », explique Sonia Perez, co-secrétaire du SNUipp-FSU de l’Essonne pour le journal Le Parisien. Même chose dans le Sud de la France où Sylvie et l’ensemble de ses collègues me confirment être en accord avec l’application du droit de retrait tant que leur sécurité sanitaire ne sera pas assurée.

Optimisme et lâcher-prise de l’autre

Mais si l’ensemble de ces témoignages revêt un voile de pessimisme sombre et opaque sur la situation à venir, Valérie Touvenot-Lambert, pédopsychologue à Dijon, tente d’apaiser les craintes et révèle à France 3 Régions les propos suivants : « Ce sont les parents qu’ils faut rassurer. Les enfants n’ont pas de raison d’être angoissés. Même si la situation est particulière, les enfants eux-mêmes ne sont pas en danger. Rappelons qu'il n'y a eu que de très rares cas d'enfants malades. Les enfants sentent le danger quand il est perceptible, palpable. Ils vivent surtout les choses à travers les adultes. Si les parents se raisonnent et sont sécurisants, alors les enfants seront rassurés (...). Il faut que la vie redémarre ».
Elle ajoute : « Peut-être qu'ils ont peur que leurs enfants les contaminent ? Mais il faut bien se dire qu'il y a aussi d'autres pathologies, dont on n'est jamais complètement à l'abri ».

Les enfants font tous preuve d’une grande intelligence et d’une faculté d’adaptation certaine lorsque la communication est claire et rassurante. Beaucoup d’entre eux se sentent désireux et prêts à retrouver leurs petits camarades, leur classe ainsi que leur équipe enseignante et pédagogique. Ils attendent de leurs parents d’être guidés, comme pour toute chose de la vie.

Cependant, je vais prendre le parti d’être complètement transparente avec vous. Je n’ai, hormis des témoignages de professionnels de santé et d’élus de la République, trouvé aucune famille s’exprimant de façon positive sur la reprise de l’école dès le 11 mai.
Je comprends que la peur et l’inconnu règne, et que chaque décision découlera de dizaines de paramètres qui dépendront que tout un chacun. Chaque enfant, chaque famille est différente. Certains enfants souffrent de pathologies trop délicates pour reprendre, parfois cela peut être l’un de leurs parents qui ne peut courir le risque d’une contamination. Je crois sincèrement qu’en dépit de toutes les annonces qui ont été faites, il convient réellement à chacun d’entre vous de décider.

Mais il reste une chose sur laquelle il faut rester concentré : le bien-être de nos enfants.

Parlez avec eux. Expliquez-leur les choses et, comme développé dans un article précédent, ne cédez pas à vos angoisses face à eux. Laissez-les lâcher prise, laissez-les rester des enfants.

Apprenez-leur progressivement les gestes barrières, le port du masque, les distances de sécurité. Prenez le TEMPS qu’il leur faut. Et lorsqu’ils vous montreront qu’ils sont prêts, à ce moment, ne pensez plus à votre confort émotionnel uniquement mais au leur également. Faites confiance à vos enfants.

Courage à toutes et à tous !


← Retour

Si vous souhaitez publier un commentaire sans vous identifier, vous le pouvez en cliquant dans le champ "Nom" ci-dessous, puis en cochant la case "Je préfère publier en tant qu’invité". Seuls un nom d’utilisateur et une adresse email vous seront alors demandés.

Tous les commentaires sont soumis à la modération de l’équipe d’administration du site.