Atsem : cette profession qui souffre en silence

Atsem cette profession qui souffre en silence

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Tous les matins, vos petits bouts se rendent à l’école. Si les toutes premières fois sont difficiles aussi bien pour eux que pour vous, vous avez appris, avec le temps, à procéder à cette séparation quotidienne le plus vite possible, en esquivant au mieux toute tentative de gros chagrin.
Mais si nous creusons un peu, juste un tout petit peu, nous découvrons que ce rituel, qui s’est installé progressivement avec la confiance de se regarder l’un et l’autre partir accomplir sa journée, ne s’est pas fait tout seul. Tout comme retrouver votre petite moitié chaque soir, pleine de vie, propre et reposée, la tête emplie de souvenirs ludiques et joyeux, les affaires en ordre dans son petit sac. Non. Derrière cette approche qui semble presque banale se cache une journée compliquée pour des personnes de l’ombre : les Atsem.

Qui sont les Atsem ?

Des femmes, parfois des hommes (2% en France), qui ont décidé de suivre un cursus de formation afin de devenir la ou le copilote des institutrice(teur)s, le mot « agent » me paraissant trop léger si l’on regarde le degré de tâches qui leurs sont confiées au quotidien, tout au long de la journée. Car, peut-être qu’au risque de heurter quelques personnes, et là n’est pas mon but, le mois dernier a été pour moi l’occasion de croiser, d’échanger et de mieux comprendre le travail des Agents territoriaux spécialisés des écoles maternelles.
En effet, si le corps enseignant reste parfois une année scolaire entière, si ce n’est plus, sans bénéficier de formations liées à leur relation à l’enfant, l’Atsem est en perpétuel apprentissage. Formations complémentaires, ateliers pour développer de nouvelles activités artistiques et de création, recherche de nouvelles méthodes d’approche, intérêt très développé pour progresser en matière de pédopsychologie, prise en charge d’élèves en situation de handicap... Ce métier s’inscrit parfaitement dans le temps et la durée concernant la psyché que les enfants développent au fil des époques. L’Atsem mène de front sa mission en s’adaptant aux progrès que notre société acquiert dans l’encadrement et la croissance des tous petits.

Une profession figée dans les années 90

Tandis que nos lois concernant l’éducation évoluent, les Atsem se voient attribuer de plus en plus de tâches. Si autrefois leur rôle était d’assister le corps enseignant avec des activités basiques telle que la propreté et l’alimentation des enfants, aujourd’hui ces équipes sont également responsables des TAP (Temps d’Accueil Périscolaire), augmentant considérablement leur temps et leur charge de travail. Or, si cette évolution est gratifiante pour ces employé(e)s qui peuvent maintenant bénéficier d’un large éventail d’actions sur le terrain, il faut savoir que leur statut, défini par le ministère de l’éducation, n’a pas été revu ou modifié depuis 1992... et de ce fait leur rémunération non plus. Cette dernière n’étant donc plus du tout proportionnelle à leurs engagements professionnels qui ont gagné en responsabilités et missions en tous genres !


Aussi les Atsem militent fermement pour que le «A» de « Agent territorial » soit remplacé par le terme « Assistant territorial », plus représentatif de la réalité du terrain. Depuis 2016, le collectif indépendant des Atsem de France mène des actions afin de faire valoir la nécessité de leur profession, qui reste encore trop dans l’ombre : rédaction d’une charte nationale, lancement de pétitions dépassant les 5.000 signatures, création de la journée Nationale des Atsem, lettres ouvertes au Ministère des Actions Publiques, jours de grève, blogs, articles, vidéos... leur communauté sur les réseaux sociaux dépasse la dizaine de milliers d’adhérents en soutien total avec le mouvement qui se bat contre cette injustice socio-professionnelle.


De plus en plus de responsabilités

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Assistance éducative, infirmerie pour les petits bobos, habillement, sèche-larmes le matin, surveillance des cours de récréation, animation, présence et aide pendant les repas, préparation des activités, ménage et entretien de l’école, temps périscolaire... La liste est longue. Trop pour être encore plus longtemps ignorée.
Et c’est pour cela que j’ai souhaité vous proposer cet article, parce qu’un après-midi de Mai, à Paris, le hasard a voulu que je rencontre près de nos bureaux, dans une petite salle, un groupe d’adorables Atsem en plein atelier de formation d’art plastique, dans le but d’offrir à leurs petits protégés de nouvelles activités à faire ensemble. Et bien qu’étant une petite vingtaine ce jour-là, c’est d’une seule et même voix, à l’unisson, qu’elles m’ont confiée leur tristesse face à ce manque de reconnaissance. Leur sentiment d’injustice. Elles qui donnent tant de leur temps, et qui n’ont pas peur de répéter le programme du jour chaque matin et chaque soir, avec leurs propres enfants et leur foyer. Des doubles journées, presque sans fin. Un épuisement réel mais qui se tait.


Être Atsem est un métier qui ne bénéficie d’aucun statut pour sa pénibilité. Et pourtant, si pour nous parents, occuper deux ou trois jeunes enfants pendant les vacances ou les week-end peut se révéler devenir un véritable casse-tête, épuisant à n’en pas douter, rappelons-nous que ces salarié(e)s y font face au quotidien, pendant plus de neuf heures, avec des classes surchargées. Être Atsem est un métier pénible physiquement, éreintant, qui doit être revalorisé et aboutir sur des perspectives d’évolution.
Si nos enfants rentrent si heureux de leur journée à la maternelle, c’est à vous que nous le devons.


Atsem de France, et du monde entier : merci !


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